Coquille indicatrice du chemin de Compostelle

Un peu d'histoire de Compostelle et du pèlerinage sur le chemin des étoiles

An 711, les musulmans envahissent l'Espagne.

Au Nord le gouverneur Munuza rançonne les seigneurs Wisigoths, réfugiés dans les hauteurs, en leur prélevant les impôts Jarai et Vizia sous contrainte d'expulsion de leurs terres en cas de non-paiement.

Le seigneur des Asturies, Pelayo

Le noble Pelayo

Les seigneurs des Asturies, Pelayo en tête refusent de payer ces énormes sommes. 

Munuza, avec l'aide de Cordoue les attaque, une grande bataille a lieu à Covadonga en 722. Les seigneurs chrétiens triomphent et c'est le début de la Reconquista. Ce petit territoire devient le royaume indépendant des Asturies qui s'étendra pendant les siècles suivants.L'un des plus importants rois du royaume Astur est Alphonse II Le chaste. Pendant 50 ans il construit la résistance au pouvoir Andalus. Sa capitale est Oviedo, il y bâtit beaucoup d'églises et de palais et c'est sous son règne qu'est découvert le tombeau de Jacques le Majeur.

Peinture de Saint Jacques, par Rembrandt en1661                                         

Peinture de Saint Jacques, par Rembrandt en1661.

La découverte du tombeau de Saint-Jacques ainsi que sa vie sont teintées de légendes.
Vers 813 un ermite du nom de Pelay apprend à l'évêque Theodomire d'Iria devenue aujourd'hui Padron, qu'il a été guidé pendant la nuit par une étoile vers une montagne déserte. Il y a vu des lumières mystérieuses et il a entendu chanter des anges. Des paroissiens de l'église voisine de Solovio ont également vu ces lumières.
Pensant à un miracle Théodomire accompagne Pelay pour juger par lui-même. Après trois jours de jeûne, ils se rendent vers cette montagne et  trouvent un mausolée abritant un corps décapité tenant la tête sous son bras. L'évêque reconnait ce corps comme celui de Jacques et considère cette découverte comme un signe divin. Deux autres corps sont présents et sont reconnus comme étant ceux de Athanase et Théodore disciples de Jacques, ce sont eux qui auraient embarqué son corps après sa mort en direction de la Galice.

Athanase et Théodore disciples de Jacques, embarque le corps del'apôtre Jacques en direction de la Galice.

Informé par Théodomire, le roi Alphonse se rend sur les lieux et ordonne la construction d'une église autour de ce Compositum  (cimetière). Il ordonne dons et privilèges pour ce lieu. C'est cette première église dont les fondations ont été retrouvées qui deviendra la Cathédrale de Santiago de Compostelle.




Deux théories pour ce nom de Compostelle

Campus stellae (champ de l'étoile pour certains), les lumières ayant guidé Pelay. 
San Jacob de Compositum pour d'autres.

Théodomire va  déplacer là le siège de son évêché et s'y fera enterrer. Sa plaque funéraire a été retrouvée.
Les fouilles entreprises sur le site ont dévoilé la présence d'une ancienne nécropole dans un castrum probablement d'origine celte puis romain  et utilisé jusqu’à leur découverte par différents êtres humains de différentes confessions.
Il n'y a jamais eu d'étude anthropologique scientifique effectuée sur les restes découverts sur le site.

Les reliques de Saint Jacques

Les reliques de Saint Jacques

Les reliques sont  l'origine de la plupart des pèlerinages chrétiens
Les restes des saints, même parcellaires, leurs habits, leur sang, les objets qu'ils ont utilisés durant leur vie, sont devenus objets  miraculeux
Les croyants voyagent de très loin pour voir ces reliques qui les relient directement avec la sainte ou le saint vénéré qui les préserve du péché, du mal, de la  maladie. 
Beaucoup de basiliques sont bâties sur les cryptes où ont été enterrés des martyrs, pour leur consécration on place une relique dans l’autel. Les grandes cathédrales et les monastères ont des collections de reliques.
Des chemins de pèlerinage se forment qet relient ces lieux entre eux, ils  permettent la visite des reliques.

Des trafiquants de reliques apparaissent
On comprend mieux ainsi que la découverte des restes de Jacques, disciple direct de Jésus, et évangélisateur de  l’Espagne selon la légende a tenu une part importante pour le christianisme au Moyen Âge.

Peut-être des origines plus anciennes?

Le cap Finisterre

Le cap Finisterre

En Espagne les pèlerins marchent sur le camino de Santiago d’est en ouest et suivent la Voie lactée,  il est aussi nommé Le Chemin des Étoiles. Le Cap Finisterre, le Finis Terrae, la Fin de la Terre...est à environ 90 km de St Jacques de Compostelle
C'est là que, d’après la tradition, le bateau menant en Galice la dépouille de Jacques aurait accosté. Un lieu qui pour certains est le but ultime du Chemin.

Déjà au Moyen âge c’était  l'objectif de certains pèlerins qui poursuivaient la route depuis Santiago. On trouve à la sortie de Fisterra la chapelle de Santa María das Areas, XIIème siècle, face à elle se situait l’hospice pour les pèlerins, fondé par le curé de la paroisse Alonso García en 1469.

Depuis la nuit des temps, le Cap Finisterre est un lieu de prières. Les Romains ont effectué des fouilles et ils auraient trouvé sur le site un autel consacré au soleil (Ara Solis), érigé par les anciens peuples présents sur les lieux avant eux.
Il est probable que Le Cap Finisterre était un lieu de pèlerinage où se rendaient déjà les peuples préchrétiens
Le Chemin de Compostelle est peut-être la version chrétienne d’une ancienne route de pèlerinage sur le Chemin des Étoiles .

En 950  Godescalc, évêque du Puy-en-Velay, effectue un grand pèlerinage vers le tombeau de Saint-Jacques.

L'evêque Godescalc

L'evêque Godescalc


Il est considéré comme le premier pèlerin traçant la route du Puy-en-Velay à St Jacques de Compostelle. Compostelle prend sa place parmi les grandes destinations des chrétiens
les pèlerinages s’intensifient durant le XIème siècle
Les nobles, les rois et les ordres religieux avec leur argent ont créé des hospices, lieux d’accueil pour les pèlerins.
Les pèlerins trouvent dans ces lieux  toutes les aides, matérielles ou spirituelles. Ces hospices sont souvent construits dans des lieux symboliques, certaines stratégies se servent de ce moyen pour orienter le flux des pèlerins pour des ’intérêts économiques ou politiques.
Le roi aragonais Sancho Ramirez fait construire au XIème siècle au Col du Somport l’hospice de Sainte Christine (« Unum Tribus Mundi », « l’un des trois les plus importants au monde ») pour faciliter le passage des pèlerins par Jaca , toute récente capitale du royaume, et faire de cette ville un important centre commercial et spirituel.
L'hospice de Roncevaux guide directement les pèlerins vers la ville de Pampelune, capitale de la Navarre.
Tout le long du chemin sont également construits des ponts, très importants pour la route de Compostelle, des chapelles, des églises.


Compostelle devient alors avec Rome et Jérusalem, l'un des trois plus grands centres de pèlerinage chrétien dans le monde et  va rapidement se placer en tête.

Pour le  millénaire de la mort de Christ en 1033, Jérusalem va connaître d'importantes visites de pèlerins.
Les invasions de l’Islam en Terre Sainte vont rendre ce pèlerinage difficile et dangereux. Malgré les croisades l’accès aux pèlerins n'est plus sécurisé. Ceux-ci choisissent alors d’autres destinations plus sures, comme Compostelle !

En 1120, le pape Calixte II, décide que les années Saintes ou Jacquaires (celles où le jour de la Saint Jacques, le 25 juillet, tombe un dimanche) les pèlerins obtiendront l’indulgence plénière. Celle-ci efface tout péché et permet au fidèle d’accéder directement au paradis à la fin de sa vie. Le pape Alexandre III confirme ce privilège à Compostelle en 1197.
L'année jacquaire arrive environ une fois tous les 6 ans à Santiago alors que les années jubilaires à Rome (donnant également indulgence plénière) n’arrivent que tous les 25 ans.
On comprend mieux le succès des pèlerinages en Galice !


En 1140, un religieux français, Aymeric Picaud écrit le premier guide touristique le « Liber Sancti Jacobi »

Pour les pèlerins  se rendant à Compostelle, c'est une minutieuse description du Chemin, des villes et villages traversés ainsi que du caractère de leurs habitants. Les dangers, les distances entre villages, monuments et centres spirituels, les hospices, les bons et mauvais fleuves, etc. Il inclut également une description détaillée des monuments et des reliques de la ville de Santiago de Compostela
Il découpe l’itinéraire en 13 tronçons qui sont eux-mêmes  divisés en plusieurs étapes pour parcourir  35 km environ à pied ou 70 km à cheval par jour. 
Plus tard le livre a été attribué au pape Calixte II par les moines de Cluny, pour cette raison, il est connu également en tant que « Codex Calixtinus ».

Codex Calixtinus

Codex Calixtinus


À cette époque une foule de dizaines (peut-être de centaines) de milliers de croyants emprunte le Chemin chaque année.
Les plus fortunés le font à cheval, les autres à  pied, ils s' aident du bourdon, le bâton de pèlerin, utilisé parfois comme arme contre les bandits. Ils ont une calebasse pour transporter l’eau. Ces deux éléments sont devenus les symboles du pèlerin.
À leur retour les marcheurs porteront avec fierté la coquille qu'ils auront ramassée près du cap Finistère comme preuve de leur périple.

     Pèlerin sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle Pons - 17

Pèlerin sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle  Pons - 17

La foule attire également des faux pèlerins qui vivent de la charité d’hospice en hospice, des voleurs et des opportunistes, jeu et prostitution sont aussi présents.
Certaines peines de prison peuvent être effacées en réalisant le pèlerinage, et avec de l'argent, on peut aussi payer quelqu’un pour faire le Chemin à sa place et on obtient les indulgences qui vont avec !

Vers 1590, le corsaire anglais Francis Drake menace de ravager Santiago de Compostela, de détruire sa cathédrale et de piller le tombeau de l’apôtre.

L’évêque de Santiago, Juan de Sanclemente, décide alors de cacher les reliques de Jacques. Il meurt sans dire à personne où elles sont.
Pendant les siècles qui suivent  le Chemin perd son aura. Des écrits racontent que le 25 juillet 1867, jour de la Saint Jacques, il n’y avait que quelques dizaines de pèlerins à Santiago de Compostela.
Des travaux sont réalisés dans la cathédrale de Saint-Jacques alors que Miguel Payá y Rico est évêque de Compostelle.Le 28 janvier 1879, les ouvriers en perçant une voûte derrière l’autel principal, trouvent une urne avec des ossements humains. 

Miguel Payá y Rico évêque de Compostelle 1879


Pensant qu’il pourrait s’agir des reliques de Saint Jacques cachées par son prédécesseur l'évêque, envoie ces restes à l’université de Compostelle pour les faire analyser. La conclusion c’est que, effectivement, il s’agit bien de ces reliques. Conclusion peut-être un peu partisane, mais c’est compréhensible.
L'annonce au monde chrétien de cette redécouverte est faite par le pape Léon XIII dans sa lettre « Deus Omnipotens ». 

Le  renouveau du pèlerinage est lancé 

Pendant les dernières décennies du XXème siècle le chemin de Compostelle va connaître à nouveau un dynamisme sans précédent depuis l’âge d’or du Moyen âge.

Une marche vers la spiritualité pour les uns, réaliser un long voyage à pied pour les autres, la beauté culturelle et architecturale de l’itinéraire, certaines campagnes de promotion lancée par les régions traversées font que le chemin de Compostelle est devenu un lieu où on peut retrouver les valeurs essentielles de la vie basée sur le respect des autres et cela sans être nécessairement croyant

La récompense de millions de pèlerins

La déclaration du Chemin de Compostelle comme Patrimoine de l’humanité par l’UNESCO en 1993 parachève les conditions de cette renaissance.