Mon trajets, dernières étapes

 

Du Ribadeo à Saint Jacques de Compostelle en traversant la Galice

Les photos sont commentées en tête de paragraphes par des passages du livre 

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Extrait de "Drôle de pèlerin" :

Maintenant, je ne reverrai plus l’océan sur mon chemin vers Compostelle.
Je marche au-dessus de la ria Eo, elle est sur ma gauche et disparait par moment dans la brume. Mon chemin est maintenant dans des montagnes couvertes d’eucalyptus, aujourd’hui vingt-sept kilomètres, ça monte parfois dur, mais toujours sur des chemins agréables................... 

 La marche est devenue pour moi une routine, elle ne me fatigue plus, mon corps est séparé en deux, le bas qui marche tout seul et que je ne sens pas, en dessous de la ceinture c’est un peu comme une machine qui fonctionne à l’ensalada mixta, à la paella, au solomillo et à la botella de Rioja. Le haut qui gamberge, les calculs savants des kilomètres transformés en minutes de marche, la recherche des fléchas amarillas, l’organisation des étapes, l’observation des horizons pour prédire les efforts qui arrivent, celle du ciel pour bâcher ou débâcher le marcheur, la machine est bien huilée, j’avance vite, je suis devenu pèlerin...................... 

 



Extrait de "Drôle de pèlerin" :

Je continue tranquillos, une albergue est annoncée, j’y arrive et je retrouve mon troupeau ils sont attablés devant l’albergue. Il y a le Hollandais sympa et discret, je fais la connaissance d’un couple de Norvégiens, de deux Allemandes et d’un Allemand. Je m’installe à table avec eux, ils ont fini de manger, je leur propose quelques   fruits secs, ils apprécient, l’allemand me dit qu’il aurait préféré du Beaujolais. Je ne vais surement pas faire deux mille bornes avec une bonbonne !
Bonne ambiance entre vrais pèlerins tous partis d’Irún, la peau tanée par les intempéries et le sac bien calé sur le dos.  ............ 

Extrait de "Drôle de pèlerin" :

Plus loin, les Norvégiens me rattrapent et nous finissons l’étape ensemble en papotant en espago-franco-norvégien. Ils vont à l’albergue, je vais à l’hôtel, le seul de Lourenza........................... 


Extrait de "Drôle de pèlerin" :

J’arrive à Mondoñedo. Sur la place je retrouve mes cinq pèlerins d’hier, on se dit bonjour comme on peut, l’Allemande me dit que l’église est naaaïïïce ! Ah que c’est beau l’anglais ! Je prends quelques photos.
Ils se tirent, et moi je pars acheter de l’eau, petite épicerie espagnole avec une patronne mignonne, exubérante et super sympa, bon moment.
Sur la place de l’église se prépare une fête, moi je reprends le camino. Ça monte, ça descend, des coups de canon, ça vient de Mondoñedo, c’est la fête qui se préparait tout à l’heure.
Là-haut sur la montagne des éoliennes, une vingtaine, elles sont heureuses, le vent tabasse, glacial. Je marche dans leur direction, je dois passer un col près d’elles. Petit à petit le ciel se charge .................
 


Extrait de "Drôle de pèlerin" :

Le haut du col est un immense chantier d’autoroute. Houla ! j’y vois pas beau, mais je traverse tout ça sans encombre, ça ne va pas trop mal, un véritable couloir a été aménagé sur le chantier pour la traversée du camino. Je reprends la descente sur la vallée qui mène à Gondran, je n’ai pas d’hôtel pour ce soir................... 

Extrait de "Drôle de pèlerin" :

Je suis à cinq kilomètres de Villalba et rapidement je vois l’entrée de la ville, je n’ai pas vu passer le temps. 
La Galice est grise, et puis il n’y a plus l’océan, mais bon, c’est beau quand même, ça a son charme.
Je me trouve une pension centre-ville, je me gare tôt et repos. Le soir, sortie en ville à la recherche d’un resto, j’arpente toutes les rues il n’y a rien qui me tente, la ville est triste, on se croirait un lendemain de noël, mais sans les lumières, il y a un vent glacial, les passants que j’aperçois s’empressent de rentrer au chaud, il ne manque que la neige.
Je me dégotte enfin un petit resto au fond d’une petite rue toute noire. Une grosse madame fait office de cuisinière et de serveuse du restaurant et du bar. Elle est très gentille et je mange très bien, je suis seul dans le resto, la TV est bien sûr à fond, la cuisine est dans la salle du resto et ma serveuse cuisinière est au petit soin pour moi, j’ai droit à un solomillo impressionnant d’épaisseur et cuit mucho hecho (bien cuit). Elle me fait découvrir le San Simon, fromage de Villalba, de forme conique et de couleur ambrée, un grand souvenir !
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Extrait de "Drôle de pèlerin" :

Il fait un froid de canard, le ciel est couvert et le vent tabasse glacial, j’avance vite, je cherche un coin à l’abri du vent pour faire ma pause, le chemin ici est presque toujours bordé de grosses pierres plates de un mètre de haut, posées sur champ, qui clôturent les prés et qui forment un couloir. Je me dégotte quand même un petit recoin pour m’asseoir................................. 
Extrait de "Drôle de pèlerin" :
Je redis à l’hospitalier que je ne dors pas chez lui et je lui demande s’il y a un hôtel dans le pueblo. Oui à cinq cents mètres sur la nationale, la station-service La Ruta Esmerlda a quelques chambres.
Gracias, c’est un brave type cet hospitalier, je vois dans ses yeux que chacun fait son chemin et qu’il respecte mon choix. Il me souhaite buen camino.
J’arrive dans la station-service. C’est dimanche après-midi, il y a peu de monde dans cette station faite pour les routiers.
Je m’installe et je redescends manger, je mange routier, mais c’est bien. Les serveuses sont habillées en groom du Hilton avec le petit chapeau rond. Dans ce resto tout le monde est sympa, on sent qu’ils s’entendent tous bien, on les voit rire en travaillant, c’est un endroit positif où on est bien.
Je m’installe dans ma chambre, une douche, le gel douche, ici, ressemble bougrement à la pâte à main rose en billes que l’on trouve dans les ateliers de mécanique.

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Extrait de "Drôle de pèlerin" :

Je marche sur de beaux chemins qui montent doucement sous des forêts de chênes de sapins et d'eucalyptus. C'est pas aussi terrible que mon guide me le prédisait, il y a quelques maisons au loin, et malgré que maintenant le jour se soit levé, elles sont toujours aussi grises, comme les pierres qui dépassent par ci et par là, les prés eux sont d'un vert très vif, apparemment ils sont bien arrosés. Il fait très beau, mais le vent s'est levé et il est vraiment glacial, je marche vite pour me réchauffer.  ........................


Après plein de bois et de champs, je sors d'un chemin et j'arrive sur une route. Je vois au fond de la vallée, Sobrado, le clocher de son église et ceux de son monastère. C'est dix-sept heures trente, j'ai vraiment crapahuté vite, j'avais prévu d'arriver à dix-huit heures trente ! .............................
Extrait de "Drôle de pèlerin" :
Nous avons droit à un très bon repas très reconstituant, avec beaucoup de fraternité partagée. Nous sifflons quand même nos deux bouteilles de rouge. L'important lorsqu'on se retrouve comme ça en marcheurs de nationalité différente, c'est de pouvoir bien communiquer et là ça fonctionne nickel. Je m'en sors un peu en  espago, l'espago parle quelques mots d'anglais, le Suédois  comprend un peu l'espagnol et parle un peu l'anglais et l'Américain comprend l'américain, et lorsqu'on a sifflé notre deuxième botella de vino de uno litro (bouteille de vin de un litre) on a fait des progrès énormes en langues étrangères et on se trouve tous très sympathiques.................................... 

Le chemin est devenu un champ de panneaux pour les gites et les albergues, des pubs pour les taxis, toutes ces pancartes et affiches nous cachent le paysage. J'arrive à Arca, à l'entrée, pas loin du camino, un hôtel, c'est pour moi. Le Toulousain me quitte,  il est à l'albergue, ici il y en a  partout, de plus ce Toulousain n'a pas l'accent de chez lui, bon débarras. 


Extrait de "Drôle de pèlerin" :

Discussion riche d'humanité. Nous arrivons tous les deux  à Monte Do Gozo. Il y a ici un monument qui a été érigé pour la venue du pape Jean-Paul II. C'est un énorme signe fait de deux volutes qui s'entrecroisent l'une en fer non traité et rouillé qui représente le mal et l'autre en inox qui représente le bien. Bon, l'inox commence à partir en sucette et le mal est en train d'essayer de gagner. Sur leur sommet, une croix et deux statues de pèlerins.
Mais,  me dit-il, c'est dommage que le véritable Monte Do Gozo ne soit  pas indiqué. C'est là-haut sur un petit monticule à six cents mètres d'ici que les pèlerins, depuis des siècles, arrivaient et découvraient les flèches de la cathédrale de Santiago, d'ici on ne voit rien, mais de là-haut ……….!....................................... 


À cet instant beaucoup de choses bouillonnent dans ma tête, la première, en levant justement la tête au ciel, je remercie l'autre là-haut qui ne m'a jamais quitté et qui m'a donné la force et la chance de réaliser cela, je suis crevé, mais heureux comme si j'étais au paradis.
Je redeviens normal et j'arrive rapidement sur la place de la cathédrale, je contemple le lieu. Je fais une photo avec mon portable pour l'envoyer à ma famille. .................

Moi qui suis un solitaire, j'aimerais partager ce moment merveilleux avec ma famille, les vivants, les morts, avec certains de mes amis, avec les deux vrais pèlerins de mon camino,  Sylvio, et Blanca, ils sont tous  là dans ma tête, il fait un temps magnifique, le ciel est bleu, il n'y a pas un nuage. 

Extrait de "Drôle de pèlerin" :

À dix heures trente, je n'ai pas trouvé ce que  je cherche pour mes souvenirs,  je me dirige vers la porte de la cathédrale à l'arrière de la basilique ouverte pour la messe, et ça fait la queue, elle s'étire sur toute la longueur de cette grande place, je me place derrière la file, il n'y a presque que des gogos pèlerins.
Trois quarts d’heure plus tard, j'ai avancé de quinze mètres, à ce rythme si tout va bien je vais entrer à quatorze heures, la messe sera finie.
Je me tire, je fais le tour de la basilique et je dégotte une petite porte qui parait ouverte, j'ai vu entrer quelques personnes, quand j'arrive, il n'y a qu'une toute petite file, quinze minutes après je suis à l'intérieur. Je prie, voilà le début de la messe des pèlerins avec évêque y tout. ....................................

Extrait de "Drôle de pèlerin" :


Je pars à la station d'autobus, j'attends sagement, c'est  le numéro treize qui va à Fisterra, une gamine pèlerine asiatique coréenne s'assoit à côté de moi, elle rentre chez elle, elle est là pour prendre le car qui va l'emmener à l'aéroport, elle s'appelle Yummy, elle est très gentille, nous nous photographions mutuellement et nous discutons de notre pèlerinage en attendant nos chauffeurs, nos cars sont devant nous. Il y a une fraternité profonde entre vrais pèlerins, nous ne faisons pas partie du monde qui nous entoure.
Elle s'en va, moi aussi, mais pas dans la même direction. ............................ 

Extrait de "Drôle de pèlerin" :

Au petit matin, je pars, sac sur le dos, pour ma dernière marche,  quatre kilomètres sur un chemin qui borde l'océan, il fait beau, c'est une belle ballade.
Là, où hier, j'attendais que le soleil se couche, ce matin je le vois se lever, j'ai un réel problème avec ça et il faudra dorénavant que je guette le lever ou le coucher du soleil avec une boussole à la main.
J'arrive à la pointe Finisterre, je ne sais pas où j'aurais dormi s’il y avait eu de la place à l'hôtel, je ne vois pas d'hôtel, il n'y a qu'un phare et un bâtiment de la marine.
Ici selon la tradition, les pèlerins viennent brûler leurs vêtements sur les rochers, ils brûlent les symboles de leur ancienne vie et repartent habillés de neuf vers la nouvelle. Comme me l'a dit Sylvio, et moi je pense comme lui, si j'arrive juste que là-bas, vu le prix que j'ai payé mes sapes, ça risque pas que j'y foute le feu....................................
Extrait de "Drôle de pèlerin" :

Un couple arrive, je leur demande de me prendre en photo, ce sont deux pèlerins, ils ont fait la via de la plata, celle qui vient du sud de l'Espagne, ils sont Andalous et font très gitans, mais on fait tous un peu gitans.
Ils me montrent leurs diplômes de pèlerinage, ils en ont chacun trois dont la Compostella. Ils me demandent de les prendre en photo avec leurs diplômes, nous faisons une longue séance de photos, y compris devant la fameuse borne jacquaire Kilomètre zéro. ..................... 
Je m'achète une coquille St Jacques dans la boutique ambulante pour touristes, je vérifie qu'elle ne soit pas en plastaga et c'est le retour sur Fisterra, mon car est à seize heures, j'ai le temps, je m'arrête sur la plage du petit port et je plante mon bourdon dans l' océan .................. 
Quand j'ai passé la barrière de mon jardin à St Étienne des Oullières en sortant de chez moi, je m'étais dit  que je m'arrêterai de marcher quand j'aurai planté mon bourdon dans l'océan de la pointe Finisterre, plusieurs fois en marchant également dans des moments de grands doutes, de grande fatigue,  je me disais ça, marche jusqu’à ce que ton bourdon soit planté dans l'océan à la pointe Finisterre et voilà il est là dans l'eau devant moi .........................
Dernière soirée dans Santiago, bon repas pour finir, bien arrosé. Je traine encore un long moment sur la place de la cathédrale assis à terre dos au mur qui lui fait face. 
L'ambiance de ce samedi soir dans les rues est extraordinaire, des pèlerins dansent autour des musiciens de rue, c'est la fête, pour certains elle va durer toute la nuit. Je rentre dans mon hôtel, j'écris les cartes postales pour une liste d'amis, je sais que certains ne comprendront pas ce que j'écris.
À sept heures du matin ça chante encore dans la rue, de ma fenêtre d'hôtel j'en vois qui rentrent en riant, leurs verres à la main. Je pars tôt, je ramasse un peu de terre de Santiago dans un massif de fleurs près de la gare, pour mettre avec la terre de mon jardin et celle de St Cyr le Chatoux  qui sont dans mon bourdon.
 
Guichet de la gare, vous êtes pèlerin ? Vous avez dix pour cent de rabais sur votre billet. Il y a beaucoup de pèlerins dans cette gare, normal tous les chemins du pèlerinage se rejoignent à Santiago, je n'en connais aucun sur ce quai, je monte dans le train, mes semelles quittent le sol de Santiago et une fois encore je les suis, mais je laisse un peu de moi ici.
À vingt heures, je serai à Irún après onze heures de train.